Lundi 10 mars 2008
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Je tenais à partager ici avec vous un texte qui a énormément compté pour moi. C’est très étonnant, parce que je l’ai retrouvé juste après avoir vu la
vidéo qui de son côté avait marqué Céline. Comme quoi, parfois, on remonte le cours du temps en empruntant les saumons des autres…
Le texte original est en fait le poème « If… », le plus connu de Rudyard Kipling. La traduction la plus
fidèle en français est celle de Germaine Bernard-Cherchevsky (1942), mais je lui préfère l’adaptation d'André Maurois (1918) qui d’ailleurs est celle
qui passe bien souvent pour l’originale en français. À l’époque, les traducteurs ne s’encombraient pas de rigueur littéraire, au point que certains passages sont carrément sans aucun rapport avec
l’original, mais j’aime l’essence qu’il en a tirée.
Pour resituer le contexte, ce poème avait été écrit en 1910 par Kipling pour son fils (un Kipling aussi d’ailleurs,
étonnant, non ?). Le poème est associé aux « Lettres à son fils » qu’il avait rédigées lorsque ce dernier avait été mobilisé pour partir au front
lors de la Grande Guerre. Il n’en reviendra d’ailleurs jamais, et n’atteindra pas non plus ses 18 ans. Si vous en avez l’occasion (je l’ai trouvé là pour 2€ chez Amazon par exemple), la
lecture est poignante et la progression lorsque Kipling a compris que son fils ne reviendrait pas, mais qu’il ne peut rien pour lui, est tout simplement une vis qui s’enfonce dans le
cœur.
Pour moi maintenant, ce texte a été gravé dans un coin de ma mémoire pour toujours lorsque j’étais petit. Je n’ai lu le livre qu’une seule
fois, je devais avoir 7 ou 8 ans. C’était mon premier livre sérieux après « Le vieil homme et la mer », et l’un comme l’autre sont restés sous ma peau pour la vie. Ce poème donc, je
l’ai vécu comme s’il venait de mon propre père. Il a été un peu comme ces conseils que je n’ai jamais eus même « avant », ou alors si creux que je les ai oubliés, et il
symbolise à lui seul tout le matériel que j’ai cherché et utilisé pour me construire. J’aurais tant aimé à l’époque recevoir tout ça en direct, par quelqu’un… Avoir des souvenirs, mes propres
images d’Épinal, des bases que je doive à des adultes concrets…
Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux prétendre avoir réussi à suivre ce poème tout au long de mon évolution. Mais ce qui est certain,
c’est que mon dégoût profond des humains vient en grande partie de l’infinie distance qui les sépare de ce texte, et qui me fait les classer dans la catégorie des faibles.
Le voici donc :
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
Par Natord Vermi
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Publié dans : (per) (Hy - so)
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En tout cas, je pense qu'il te colle bien à la peau.
Gros bisous
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Merci pour le bien de la planète de relire ce passage en boucle jusqu'à ce qu'enfin un de vos neurones s'agite.
Bernard Lavillier aussi chante ce texte, je sais que tu es très fan.
avant de répondre, pense à
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Décidement, il te colle drôlement à la peau :
Si tu sais arriver en retard
Et que tes amis t'attendent quand même.
Si tu fais comme le canard
En pédalant sans avancé de même.
Tu sera un Vermi : Pour Sùr !
Quant au reste, je voudrais avoir ta force d'âme pour suivre tout ça ...
PS : J'avais peur de pondre un commentaie pourri, mais, je déculpabilise grâce à mes prédécesseurs.
La majuscule à Homme dans le titre de cet article résume bien ce que tu exprimes dans ce dernier. Hélas, le verbe vouloir n'est pas substituable au verbe pouvoir et cette énumération de ce que tu appelles des conseils n'en est pas : ce ne sont pas des conseils de savoir-être ce sont des traits, des natures que l'on a ou l'on a pas en soi. Si une seule manque, les autres s'effriteront comme de la terre trop sèche entre les doigts, triste moment où le pouvoir devient le vouloir ...
Non Ital, c'est faux. D'abord parce que tu aurais dû écrire "l'on n'a pas". Ensuite parce que en te lisant au premier degré, superficiellement, bien sûr que "vouloir" ne peut pas forcément impliquer "pouvoir" alors on serait tenté de se dire "waaah, vachement profond le Ital sur ce coup, ça change".
Mais là où je ne partage plus ton opinion fort respectable au demeuré... pardon, demeurant... c'est que parfois les gens peuvent changer aussi. Prenons un exemple. Il existe ici-bas un groupe de sous-animaux (des humains quoi) qui ont réalisé qu'ils gâchaient qqc de bien plus Beau qu'eux : la Nature. Certes, ils n'ont pas encore tous le courage de proprement s'effacer de la surface de notre gros cailloux, mais ils font des efforts comme devenir végétariens pour sauver des ch'tits zanimo. Pourtant, la plupart n'étaient pas forcément végétariens de naissance ni de religion. Tu as quelque chose contre les végétariens ?
Et puis, je parle de l'importance de ce texte pendant une phase de construction de ma personnalité, de mon caractère. Ce n'est pas aussi inutile que lorsque tu le présentes à un adulte déjà con. Sinon, autant considérer que les gens sont tous biologiquement prédisposés à la naissance, et hop, on fait le tri et on fout en taule les phénotypes nuisibles... Hum, je crois qu'il faut que je te présente Nico, un copain à moi. ;)
Je pensais en effet à une prédisposition spirituelle, en quelque sorte, mais en aucun cas quelque chose de "détectable" pour faire un tri (sans vouloir atteindre le point Godwin, ton grand tri me rappelle pas mal de trucs. Oh ! Y'en a qui ont essayés avant ? Ils ont réussi ou bien c'est pire maintenant ?). Après, un humain propensionnellement bon peut changer en profondeur, mais c'est généralement en mal, lorsqu'il est soumis à malsanité, grandissant dans un environnement néfaste. Un humain comme décrit dans le poème, élevé dans un environnement sain le restera et sera simplement épanoui.
Quoi qu'il en soit, un humain reste un humain, et même avec une majuscule il n'en atteind pas pour autant le statut de divin. Ainsi donc, comme le dit si bien Kipling, si tu peux être ainsi, tu seras homme, certes un homme meilleur, mais un homme quand même, comme ton voisin le bouzeux... dommage fils.
Si tu es intelligent même sans cerveau de Vermi
Si tu peux rêver par tes yeux ouverts
Et manger sans couverts
Si tu écoutes les chansons
Par ta chaine même sans son
A travers les spaces
A l'anglaise et sans traces
T'éclipser par les portes
Par les fenêtres revenir
Lunettes tu portes
Pour ton regard ouvrir
Calculateur et posé
Au dérangé cervelet
Point d'anneau travers ton nez
Mais la barbiche te sied
Rêver d'angleterre
Sans jamais y être allé
Choisir de partir loin
Sans même emmener du foin
Tout oser sans ridicule peur
Tout faire avec fierté de beur
L'argent sans le beurre
Epinards aussi à toute heure
Alors les présidents, les Carla et les Estrosi
Seront à tous jamais tes pantins réunis
Tu sera un Vermi mon fils...