Jeudi nous avions prévu une soirée mousse. Trop fun. Malheureusement -- et je ne dis pas ça pour critiquer -- parfois je me dis que lorsque ça n'est pas moi qui organise, il manque un petit qqc. La petite touche de sérieux qui fait toute la différence. Léger détail donc, le type chez qui nous devions le faire n'était pas au courant, et qui plus est il a tellement bien simulé de ne pas nous reconnaître que moi-même j'y aurais presque cru. Ce qui l'a trahi, c'est que le coup du changement de nom juste avant pour lui servir d'alibi et faire style on ne s'est jamais vus, j'ai trouvé ça gros. Toujours est-il qu'il n'avait manifestement aucun sens de l'humour.
No problemo, le plan B est là pour ça. Enfin, chez la plupart des gens le plan B c'est la roue de secours au cas où le plan A, pourtant bien ficellé, venait à échouer. Mais dans mon troupeau, le "B" est plutôt là pour bêta, comme les versions de logiciels pas encore achevés. Copain1, copain2 et moi devions donc être accompagnés d'une fille, puis 3, puis 2, puis 0. Ce dernier score impliqua également la scission de copain2, parti baver plus loin.
Bref, au plan epsilon je me trouvai seul avec copain1 pour partir en vadrouille à St Paul de Vence, charmant village de l'arrière-pays à une petite heure de route de Nice. De toute façon, c'est toujours avec copain1 que je fais ces sorties de fous n'importe où, n'importe quand, et si possible n'importe comment. Mais cette partie est plutôt dénué d'intérêt pour vous, alors je passerai à la seconde partie immédiatement. A 20h, nous avions rdv à Nice pour retrouver fille1 et fille3, renumérotée fille2 suite à la défection de fille2 précédemment.
Après un rapide vote, nous ne les jugeâmes pas dignes de nous avoir lapinés pour St Paul. Un bouchon à la sortie de Cannes nous permît donc d'arriver chez elles seulement à 20h45. Niark niark niark. Durant le trajet, nous espérions qu'elles auraient mis à profit ce laps de temps supplémentaire pour finir de se dire tout ce qu'elles voulaient, et suivant une logique imparable (car de moi) copain1 serait le chevalier servant de fille1. Il ne me restait donc plus qu'à me mettre aux ordres de fille2 pour cette seconde sortie de la journée, à destination d'Eze-Village cette fois-ci, sise sur un pic rocheux au-dessus de Monaco. Très romantique aussi, d'ailleurs.
Bien sûr, si une fille est prévisible, on ne peut pas prétendre la comprendre pour autant. Alors deux ! Tandis que je tenais ouverte la portière avant pour que fille1 prenne la seconde "place du mort" (la première étant le coffre), fille2 ouvre la portière arrière et s'assied dans la voiture. Portnawouak, et moi, je sers à koi, hein ? Tout fout le camp, la galanterie plus personne ne sait ce que c'est, les filles les premières, et moi je passe systématiquement pour un abruti ou un extra-terrestre ; c'est très agréable. Je gourmande donc vertement fille2 pour son comportement outrancier à mon égard, me relégant à un chômage technique certain. Là, j'aurais espéré que fille1 comprenne le message, et vienne sagement prendre place sur le siège que la bienséance et moi-même lui désignions. Mais non, elle se pose derrière à côté de sa collègue ! Tu le crois ça ? C'est trop intéressant d'aller chercher des gens pour passer du temps ensemble et finalement faire des trajets en voiture avec un mur invisible entre l'avant et l'arrière. Fille1 avait encore tout plein de trucs perso à dire à fille2, et copain1 et moi fûmes obligés de meubler pour ne pas faire semblant d'écouter, tout en ne piquant pas de fou-rire afin de ne pas faire trop de friture sur leur ligne de communication. Sans commentaire.
Une fois à Eze, la situation redevint presque normale. La chasse à l'homme improvisée et le safari photo permirent de refaire de nous un groupe, style on se connait, on se parle, et tout. En chemin nous croisâmes même un chat, et fille2 me dit alors que c'était un signe envoyé par un ange. J'en profitai alors pour glisser un compliment, la remerciant de nous avoir accueillis auparavant de cette même manière (à notre arrivée à Nice, elles étaient avec une chatte qui va bientôt mettre bas). Je crois que je l'ai dit si bas, avec un air si gourd, que fille2 n'a rien compris, mais elle fût malgré tout rebaptisée aussitôt "mon Ange". C'était le premier truc immonde que fille2 m'a fait de la soirée, car je suis hyper romantique déjà à la base alors comme en plus elle me plait trop, là j'étais franchement sous le charme.
Non, je vous vois venir et vous rassure tout de suite : fille2 a un copain depuis presque un an, et de toute façon je ne l'intéresse absolument pas. Et puis, elle n'est qu'en Lettres, alors que moi je suis en Lettres ET en Sciences, alors ça ne pourrait pas marcher...
Pour le retour, les filles ont enfin compris comment monter en voiture (et en sortir), mais toujours pas où s'asseoir ! En guise de représailles, au lieu de rentrer directement nous fîmes un détour par PandaLand (l'Italie, pour les non-initiés, car il y a plus de Fiat Panda que d'habitants là-bas) en abusant de leur crédulité. Et toc, bien fait ! Nous déposons fille1 d'abord, toujours histoire de respecter un minimum de logique. C'est le moment que fille2 choisît pour me porter la seconde estocade.
J'allais refermer la portière arrière, lorsque je lui demande si elle ne préférerait pas passer à l'avant. Cela me dégoûtait, car c'était la jeter dans les pattes de ce sale pervers misogyne de copain1 ; mais en vertu des damiers à composer d'alternances mâle-femelle dans l'habitacle, ainsi que la meilleure vue et plus confortable assise que lui aurait conférées la place à l'avant, il était inévitable que je ne la lui propose. Mais cela, elle n'en était pas responsable. C'était encore une raison supplémentaire pour moi de dire que je suis une victime de la société. Non, là où elle fût cruelle, c'est que non contente de refuser ma proposition elle m'en fît une autre en retour pile au moment où je m'asseyais devant, sous cette forme : "mais tu ne veux pas t'asseoir derrière ?"
Là, c'est abuser. Hésitant entre des envies de viol et de meurtre, je sombrais dans la banalité légale pour rétorquer que sa réplique était infecte à mon égard. Bien sûr que j'eus naturellement préféré être assis à côté d'elle. D'ailleurs, si sa copine grognasse n'avait pas fait sa petite mijorée, j'aurais bien aimé passer tout le trajet auprès de mon Ange. Mais je vous le demande, ça comprend quoi aux affaire de coeur, une fille, hein ? Parce que là, non seulement on est sur le point de démarrer, mais en plus je ne peux décemment pas laisser copain1 seul à l'avant. C'est impoli, parce qu'il n'est pas chauffeur de taxi (même en stop on ne monte pas à l'arrière, celui qui me fera ça quand j'aurai ce satané permis finira débité en rondelles dans le coffre). Et après tout, c'est grâce à lui qui a conduit tout ce temps que la sortie a eu lieu, alors il serait complètement irrespectueux de le remercier de la sorte. Je m'en explique donc, pratiquement avec ces mêmes mots. Et que croyez-ous qu'elle fît ? Elle rigola !
Le prochain type qui me raconte qu'une fille, il faut la faire rire et c'est gagné, je l'emplâtre direct.
Mais vous allez voir, il y a pire. Oui oui, encore plus puissant. Sa troisième et ultime pique me pourfendît le coeur. Devant chez elle, en lui faisant la bise je ne résistai pas à l'envie de la prendre dans mes bras. Je suis très tactile, que voulez-vous, on ne se refait pas. Une fille, c'est comme une grosse peluche, en plus doux et moins poilu, et je suis resté un grand enfant. Et là, là, elle m'a tué. Elle pouvait se taire et se contenter de me serrer contre elle, comme une gentille fifille. Mais non, elle m'a regardé droit dans l'oreille et m'a sussuré "tu veux faire ton petit rôt ?"
AAAAAAAARRRRGGGGGGGHHHHHHH !!!!! Non mais comme c'est pas digne de dire ça, à un moment pareil en plus ! Je ne trouve même pas les mots pour décrire les abîmes de désespoir que j'ai atteints quelques secondes plus tard, le temps de réaliser. Sur le coup, j'ai juste entendu qqc sans rapport avec ce que je ressentais, alors je me suis contenté de répondre tout bas "non, je veux juste un câlin" et elle m'a serré plus fort contre elle. Je lui ai dit de bien rentrer sans se perdre (en bas de son immeuble, c'eût été fort ;-) et ce n'est qu'une fois dans la voiture que je racontais ça à copain1, comprenant au fur et à mesure l'énormité de sa tirade...
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Je suis foutu, foutu, foutu. Entre les filles inintéressantes, celles qui croient qu'une fois "amis" (ça m'énerve comme les gens utilisent ce mot n'importe comment, au lieu de "copain", mais là n'est pas le sujet) il ne doit plus rien se passer par peur de perdre qqc, et enfin la grosse majorité qui ne me voit que comme un truc gentil et attentionné, ou avec un humour hyper acide, mais en tous cas totalement assexué, je n'ai même pas besoin de savoir qu'en plus je suis exigeant physiquement pour prédire que je finirai au monastère... Et comme je ne suis pas désespéré au point de devenir homo, ma vie est foutue... Mes futurs gosses, ma future famille... tous foutus. Mais c'est normal, avec un score de -14 au test de pureté, ça ne pouvait pas être autrement...
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