Vendredi 26 août 2005
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Nuknuk à toutes et à tous !
J'avais prévu de vous poster deux articles, un super sur un test (encore un) que j'ai fait et qui m'a appris un truc stupéfiant sur moi-même -- mais oui, un super sérieux en une centaine de questions que j'ai mis des heures à remplir en faisant 45 autres choses en même temps -- et l'autre sur ma non moins super sortie à l'hippodrome. Je pensais même vous apprendre, en complément de mon article sur les feux d'artifice, que si les Chinois ont inventé la poudre noire, le premier vrai feu digne de ce nom, en couleurs, fût tiré à la Place des Vosgues, à Paris, alors Place Royale, pour le mariage d’Anne d’Autriche avec Louis XIII.
Mais que voulez-vous, parfois l'imprévu sonne à ma porte, l'inspiration cogne à l'huis de mon cerveau, et pouf, je pars en live, j'écris n'importe quoi et je le jette ensuite, fier de moi d'avoir si joliement perdu encore 6 heures de ma vie à qqc de purement épicurien, absolument dénué de toute utilité. Je n'ai pas trop retravaillé le texte, car je n'aime pas les brouillons, mais je m'amuse à jouer sur les associations d'acceptions et autres déviations de champs lexicaux, alors rappelez-vous vos cours de français en première et essayez de voir cela avec un peu de recul, le texte a au moins 3 degrés de lecture distincts pour ceux qui peuvent prétendre me connaître un peu (et aimer le français vieilli, je sais, cela limite).
En fait, tout est parti d'une photo, accompagnée d'un fort joli texte que je vous laisserai aller apprécier chez son auteur. J'adore faire la promotion des jeunes talents (fais gaffe à tes fesses Patrick, ou Sebastien, quel que soit ton nom), et je ne parles pas là uniquement des monnaies nouvellement frappées en Egypte en 2000 avant Vermi !
Bien, vous avez bien la photo en tête ? Inutile de me dire ce que vous avez pensé du texte, j'irai lire les commentaires sur place (histoire d'être bien certain que vous en avez laissé ;)
Voici ma version. N'ayez pas peur, c'est juste... très personnel. Je ne sais même pas comment vous avertir, quelle serait la préparation idoine pour que votre subconscient accepte de revenir chez moi plus tard... Sachez simplement que ce n'est pas à interprêter, comme d'habitude, ne jamais rien interpréter de ce que je dis ou écris, contentez-vous de faire passer vos réactions. Hop, c'est parti.
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Seul dans sa remise de jardin, V. relève la tête. Ces 11 heures de révision d'affilée l'ont épuisé, il est collé tout contre le seul mur encore étanche au vent comme pour y trouver un peu de chaleur humaine. Après quelques secondes à fouiller l'obsurité autour de lui, ses pupilles se dilatent enfin, comprenant que l'agression du tube au mercure qui leur sert de lampe s'est momentanément interrompue.
Ils repèrent alors un rai de lumière émanant de la fenêtre Sud-Sud-Est. En un éclair, un fugace espoir de lever de soleil réconfortant lui traverse l'esprit, mais la réalité le balaie bien vite : pernicieux, le jour s'était levé sans crier gare, imposant sa présence annonciatrice de nouvelles heures à endurer sans même daigner concéder une aurore digne de ce nom.
Par le carreau crasseux ne filtre qu'un blême soleil blanc dardant de timides rayons à travers les lourdes branches d'un sapin, et qui viennent mourir ici, dans la saleté que les ans, la négligence et l'oubli ont déposée de l'intérieur, poussant le romantisme à son paroxysme en assimilant fort à propos cette pièce lugubre au fond de son âme. Un coeur desseché et brisé, fendu non par les chagrins mais par le poids de son inutilité.
Pataud, il enjambe les cadavres de bombes anti-insectes qui jonchent le sol, et entreprend de faire entendre raison à quelque allumette humide en lui frottant la tête pour qu'elle souffre, et délivre enfin sa précieuse étincelle de vie. Si tout pouvait redémarrer si facilement qu'un feu de forêt.
Après plusieurs essais infructueux ponctués d'autant de jurons appuyés, une de ses congénères craque, sans doute désireuse de mettre fin à ses jours d'une manière moins lente et déshonorante que les précédantes, immolées sur l'autel de ce descendant d'Erectus. Avec mille précautions, la flamme est alors transmise à une mèche fichée dans la cire, témoin d'une perpétuelle renaissance.
Une odeur entêtante envahit l'air. Les bougies anti-moustique ne sont plus, V. s'est rabattu sur l'antépénultième anti-tabac de sa réserve. De toute manière, les araignées ont maintenant tissé des toiles suffisamment solides et complexes pour que ni nuisibles volants, ni compagnons déchus ne puissent plus pénétrer cet antre pourtant ouvert aux quatre vents.
Soudain un éclat carmin vient frapper les cônes de sa rétine. A mesure qu'il approche de la source, pourtant, cette dernière semble vouloir conserver intact l'écart qui les sépare. Assurément, elle est en fait oblongue et lisse, et macule le sol de sa phase acqueuse.
SQUIIIIIITT !
Il sursaute, recule, dérape, glisse et tombe. La bougie quitte la scène par un effet digne des plus grands prestidigitateurs : afin de s'éteindre pour la dernière fois en un 'ignis fatuus', elle a embrasé une poche de gaz émanant de la décomposition des trois rats éventrés gisant là. A cette fraction de seconde, le son strident avait enfin une identité.
Au centre de la flaque, deux pastilles blanches incandescentes irisées de rouge, comme du magnésium en pleine combustion cerné de strontium. Surplombant chacun de ces canons à épouvante, un lambeau élimé semble vouloir rappeler à tout prix qu'il n'y a somme toute pas si longtemps, il était encore un adorable petit triangle rosâtre.
Une petite boule, puis une plus grosse, tout à côté. A l'instar d'une naine blanche associée à une étoile géante moins dense qui déborderait de son lobe de Roche, des flux de matière se sont mis en place de la grosse vers la plus petite.
Deux pattes y sont déjà passées. Le quatrième rat, rendu cannibale par la faim, a atteint le seuil critique d'auto-mutilation pour satisfaire à ses besoins vitaux. Il attaque maintenant l'abdomen et le ventre, plus tendre, comme si sa folie l'avait convaincu que le mouvement perpétuel était à sa portée, comme s'il pensait toucher l'éternité en mangeant son appareil digestif, qui donc retournerait directement là où le rat prend sa nourriture en un cercle parfait.
Malheureusement, les volutes de vapeur qui s'échappent de son ultime bain tiède dans l'air frais du matin soulignent aussi l'expansion de ce liquide ô combien précieux qui n'aurait jamais dû sortir de son petit corps.
La luminosité ambiante augmente, et pourtant la quantité de photons réfléchis par ces miroirs de peur décline rapidement. Maintenant immobiles, leur surface ternit tandis que le cristallin s'assèche, se raidit, et se fige avec une focale à l'infini. Le dernier être doué d'intelligence, qui plus est hypsodonte, s'en est allé...
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